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Why First Nations People Don’t Vote

It can be expected that only about 30% of First Nations people will have voted in Quebec’s general election this coming Monday, far beneath the turnout rate for the overall population (pegged at 74.6% in 2012). Several historic and identity reasons have contributed to this reality. The underlying reasons are slowly changing, however, thanks to increased partnerships that are contributing to the improvement of socioeconomic conditions in Aboriginal communities and the Aboriginal leaders’ heightened awareness of the importance of participating in provincial and federal democratic life. In this context, would it not also be time for the representatives of these democratic institutions, notably the provincial government that will be elected on April 7, to support Aboriginal communities in this approach? (Blog posting is in French.)

Lors du scrutin provincial du 7 avril prochain, on ne peut espérer, selon toutes les attentes, que seul près d’un tiers des Autochtones exerce leur droit de vote. En effet, le taux était de 30% aux élections de 2012, bien minime comparé au taux général de 74,6%. Ce phénomène est observé autant aux élections provinciales que fédérales depuis que les Autochtones ont le droit de vote.

Pourquoi en est-il ainsi? Si on posait la question au chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, M. Ghislain Picard, il nous répondrait que c’est avant tout une question d’identité. Il pourrait d’ailleurs nous répéter sa déclaration choc prononcée à l’ouverture du Forum socioéconomique des Premières Nations, en 2006, devant un Jean Charest, alors premier ministre du Québec, médusé : « Je ne suis pas Canadien, je ne suis pas Québécois, je suis Innu ! ».

Cette raison a aussi été soulevée par différentes études portant sur le sujet, dont une analyse de 2007 préparée pour Élections Canada. Les chercheurs voient dans le faible taux de participation électorale des Autochtones, particulièrement des membres de Premières Nations vivant sur des réserves, un déficit de légitimité. « Les Autochtones rejettent l’idée que les non-Autochtones peuvent représenter leurs intérêts et leurs valeurs, car ils se perçoivent comme des nations distinctes », écrivent les chercheurs.

La faible participation des Autochtones aux élections tient aussi à un manque de tradition à cet effet. Quand on sait que les Premières Nations se sont vues refuser le droit de vote aux élections fédérales jusqu’en 1960, on ne peut pas être surpris qu’elles n’aient pas développé un sentiment très fort pour cet acte démocratique. Au Québec, le contexte est pire : ce n’est qu’en 1969 que le parlement a autorisé ceux que l’on appelait les « Indiens » à voter aux élections provinciales. C’est donc dire que dans chaque communauté, il y a actuellement toute une génération qui, bien qu’ayant atteint l’âge adulte, se voyait refuser le droit de vote alors que tous les autres Canadiens possédaient ce droit légitime et nécessaire au fonctionnement d’une démocratie.

Ce refus aurait d’ailleurs amplifié le sentiment que les institutions démocratiques existantes ne sont pas en mesure de véritablement représenter leurs intérêts. D’ailleurs, l’élection de lundi n’aura certainement pas pour effet de changer cette perspective, vu la quasi-absence totale des enjeux concernant les Autochtones dans cette campagne et l’absence de candidats issus de ces communautés.

Il y a, toutefois, des signes qui permettent d’être optimiste pour l’avenir.

On observe une tendance à la hausse du taux de participation électorale dans certaines communautés. On voit même de plus en plus d’Autochtones s’intéresser à la politique canadienne et québécoise. La Chambre des Communes accueille présentement le plus grand nombre de députés autochtones de l’histoire, c’est-à-dire sept, dont deux au Québec : Jonathan Genest-Jourdain (Innu) et Roméo Saganash (Cri). Au Québec, il n’y a aucun député autochtone en fonction mais, en 2007, Alexis Wawanoloath est devenu le premier Autochtone à siéger à l’Assemblée nationale, un précédent qui devrait se répéter dans les prochaines années.

Élections Canada propose d’investir davantage dans la publicité et la sensibilisation. D’autres acteurs préconisent plutôt des réformes institutionnelles et structurelles, telles que la création d’une circonscription pour le Nunavik, où vit une majorité d’Inuits, ou la création d’une deuxième chambre législative composée de représentants des régions et des communautés autochtones.

À plus long terme, on peut espérer une plus grande participation autochtone à la vie démocratique si les efforts pour améliorer leurs conditions socioéconomiques se maintiennent, voire se renforcent. En effet, une étude plus récente, menée aussi pour Élections Canada, révèle que « Les Autochtones exerceraient leur droit de vote dans la même proportion que les non-Autochtones si ce n’était de leur taux d’inscription plus faible, de leurs ressources politiques réduites, d’un sens du devoir civique moins développé, de leur moyenne d’âge moins élevée et de leur position socioéconomique moins enviable ». 

Les initiatives telles la réforme annoncée du système d’éducation des Premières Nations, ou sur le plan local, le récent établissement du Collège Kiuna, institution postsecondaire des Premières Nations, sont prometteuses. À cela s’ajoute une conscientisation accrue de la part des entreprises de la valeur de la formation et de l’emploi de la main-d’oeuvre locale autochtone dans les régions. Enfin, un nombre croissant de leaders autochtones sont conscients que la participation pleine et entière de leurs communautés au sein des institutions québécoises et canadiennes ne peut qu’être bénéfique, pour eux comme pour tous les Canadiens.

Ainsi, ne serait-il pas également temps que les représentants des institutions démocratiques, en l’occurrence le gouvernement qui sera élu le 7 avril, tendent la main vers les communautés autochtones pour les appuyer dans cette démarche?