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Recapturing the Spirit of Tecumseh

Tecumseh, qui signifie « étoile filante », a été un grand chef autochtone à une époque trouble dans les relations entre colons « blancs » et amérindiens. Appartenant à la nation Shawnee, il est reconnu pour avoir non seulement été un grand leader dans sa communauté mais aussi pour avoir initié un ralliement des Premières Nations ayant permis à la Grande-Bretagne d’offrir une résistance militaire salutaire aux Américains lors de la fameuse guerre de 1812. Ce rôle de rassembleur fait dire à plusieurs que Tecumseh n’était pas qu’un chef autochtone mais qu’il était une sorte de « chef d’État », possédant une vision ambitieuse pour son peuple et ses frères amérindiens.

Son rôle et l’influence qu’il eut sont à ce point importants que d’aucuns avancent qu’il a permis aux siens d’éviter l’extinction qui les guettait alors. Confrontées à une déstabilisation sociale, économique et culturelle, plusieurs nations amérindiennes risquaient en effet, en 1812, de disparaître si elles n’adoptaient pas des mesures strictes de protection et de préservation de leur identité. Tecumseh avait surtout compris que la survie de son peuple résidait dans les jeunes et dans la transmission d’une culture identitaire forte, étant capable de s’adapter aux changements tout en préservant ses valeurs fondamentales.

Cet enjeu est encore bien présent aujourd’hui, car 200 ans après la mort de Tecumseh, les peuples autochtones du Canada craignent toujours de perdre leur identité distinctive, notamment leur statut de nations. Le discours a bien changé, mais les bases systémiques de l’appauvrissement et de l’acculturation des peuples autochtones sont toujours présentes.

Pour changer les choses, il existe plusieurs pistes de solutions, les plus porteuses, selon moi, étant celles qui misent sur l’éducation. C’est pourquoi je me permets de saluer la démarche de l’ancien premier ministre Paul Martin qui, par le biais de sa fondation Initiative d’Éducation Autochtone Martin, veut contribuer à la réussite scolaire des jeunes autochtones. Cette initiative est particulièrement digne de mention car elle repose sur une compréhension qui manque souvent aux programmes semblables préparés par les gouvernements : le changement ne s’impose pas, il passe par les Autochtones eux-mêmes.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est intéressant d’évoquer le souvenir de Tecumseh et de se demander, comme l’a fait récemment M. Martin dans une lettre ouverte intitulée Who will be the next Tecumseh? (Qui sera le prochain Tecumseh?). En d’autres mots, qui sont ceux qui permettront d’unifier les communautés autochtones derrière une cause commune pour la préservation de la culture, la promotion des droits et l’atteinte d’un statut d’égalité avec les Canadiens non-Autochtones ?

À cette question, j’ai l’honneur de répondre que j’en connais. Je les ai vus notamment au collège Kiuna, cette nouvelle institution postsecondaire des Premières Nations qui accueille, à Odanak, des jeunes de toutes les nations autochtones du Québec. On y offre une éducation de qualité dans un environnement qui met en valeur la culture et les traditions des Premières Nations, ce qui permet non-seulement d’améliorer la réussite des jeunes autochtones mais qui favorise cette union d’esprit nécessaire pour l’avenir des leurs peuples.

Les défis sont grands. Actuellement, le taux d’abandon des études secondaires est de 60% chez les élèves autochtones vivant dans les réserves alors qu’il est de 9,5% chez les élèves canadiens non-autochtones. Au chapitre des études supérieures, seulement 9% des membres des Premières Nations obtiennent actuellement un diplôme universitaire, comparativement à 27% dans la population canadienne non-autochtone. L’initiative de Kiuna est donc utile et nécessaire.  Parmi ses diplômés, on retrouve plusieurs « Tecumseh » qui, chacun dans son domaine, contribuera à améliorer les conditions de leur communauté et, graduellement, à assurer un meilleur avenir pour l’ensemble des peuples autochtones.

Cette vision n’est pas seulement souhaitable pour les Autochtones, elle est aussi utile pour l’ensemble de la société canadienne qui a tout à gagner dans l’amélioration des conditions socioéconomiques des Autochtones, grâce à une démarche qui leur permettra également de préserver leur culture et leur identité. Les futurs Tecumseh ne seront pas tous des chefs politiques; ce seront des chefs d’entreprises, des médecins, des avocats, des ingénieurs, des professeurs… ce seront surtout des jeunes foncièrement engagés à aider leur communauté à entrer dans la modernité tout en assumant et préservant leur histoire et leur identité.